IronMédoc, récit de course...

2011... Le 9 juin 2011 ma vie a changé, je suis devenu papa d'une petite fille, Zoé, née sans vie à 6 mois de grossesse. J'ai alors eu besoin d'évacuer. Pratiquant des footings de temps en temps le sport m'est apparu comme un moyen de surmonter cette épreuve. Je me suis mis à courir, courir, et courir... Je pesais au moins 10kg de plus que mon poids actuel, j'avais quitté les terrains de sports depuis quelques années. J'ai souffert, je ne me suis pas ménagé mais c'était un besoin.

En 2012 naît notre rayon de soleil, Léo.

Les prénoms des petits Anges de l'association Hespéranges...
Les prénoms des petits Anges de l'association Hespéranges...

 Le besoin de me dépenser est toujours là. En 2014 nous vivons une nouvelle épreuve, nous perdons Elise à 6 mois de grossesse. C'est un nouveau déclic, il fallait que je fasse plus, dans le sport mais pas seulement... Je me suis ainsi lancé dans un projet auquel je pensais depuis 2011 : CourirBleuetRose.fr 

Après 4 ans d'expérience dans les sports d'endurance, ce chemin de vie m'a emmené jusqu'au triathlon de l'IronMédoc, ce samedi 30 mai. C'est l'occasion pour moi de parler du deuil périnatal (deuil d'un bébé décédé pendant la grossesse ou quelques semaines après la naissance). C'est avec les 44 prénoms des bébés disparus de l'association Hespéranges que je vais parcourir les 180km de vélo. Ce projet m'a demandé deux mois de préparation sportive, cinq mois de préparation pour avoir un vélo/tenue bleu et rose, de nombreux mails envoyés et coups de fils passés... Jusqu'au dernier moment je suis dans les préparatifs et je n'ai pas vraiment le temps de penser à la course et de stresser...

Préparation la veille de course, vélo, casque, dossard, sacs de transitions...
Préparation la veille de course, vélo, casque, dossard, sacs de transitions...

Nous sommes sur place depuis 48h, bien installés, j'ai eu le temps de bien dormir et de me reposer. Le réveil sonne à 4h ce matin de course, je prends mon petit déjeuner habituel et complet. Bizarrement, je ne stresse toujours pas. Chose rare: je pars confiant, certain qu'il ne peut rien m'arriver avec les petits anges de l'association qui veillent sur moi. Finalement seule la logistique de course me stresse, j'ai peur de ne pas finir à cause d'un problème matériel. Ce serait trop bête de louper ce triathlon pour un oubli dans un sac de transition ou pour un problème mécanique. Avec mes questions j'ai dû saouler Cyrille mon camarade de club présent aussi pour son premier Iron.

On se rejoint à 5h30 pour une dernière vérification de la pression des pneus et du contenu de nos sacs. Nous prenons le temps de nous préparer et d'enfiler notre combinaison pour marcher ensuite vers le port d'Hourtin.  C'est un Water Start (départ dans l'eau), nous nous mettons donc à l'eau. Je me place sur un coté et je reste au maximum au bord de l'eau. Je regarde autour de moi et je vois que des "anciens"; c'est bon je dois être bien placé! Juste avant le départ, j'entends "Maxime!". Je me retourne et j'aperçois ma conjointe et mon fils qui sont venus m'encourager. C'est une belle surprise car ils ne devaient pas venir dès 7h. Même pas le temps de sortir de l'eau pour leur faire un bisou que le coup de pistolet résonne, c'est parti pour 3,8km de natation

L'eau du lac est chaude, 19 degrés, et propre, on y voit même le fond en nageant. C'est plutôt agréable. Je prends du plaisir à nager, je me place sur un coté et essaye de chercher au maximum la glisse en poussant bien sur mes bras (j'en aurais pas besoin le reste de la journée!) et en limitant mes battements de pieds. A la première bouée j'aperçois des gars couper la bouée, et oui sans numéro sur le bonnet certains en profitent! Je ne comprends pas cette attitude, je suis là pour faire un IronMan, pas pour gratter quelques mètres... Le temps passe vite et le paquet que nous formions au départ s'est étalé. Après un dernier virage nous rentrons droit dans le port, nous passons près de bateaux, sous un pont avant de sortir de l'eau pour arriver sur l'île aux enfants.  Je sors de l'eau 107éme en 1h08, mon objectif était de 1h15...

Lors de la transition je n’hésite pas à manger une barre et un gel en me changeant. J’enlève la combinaison pour enfiler les manchettes et le coupe vent sans oublier mon tour de cou Hespéranges. Je récupère mon vélo et je sors du parc, c’est parti pour 180km ! Le parcours est composé de 4 boucles de 45km, aller/retour sur la même route, il va falloir être fort mentalement...

Ma stratégie de course est simple, je cale mon cardio en Zone 1 soit entre 60 et 72%, mon endurance fondamentale. Je vais aussi m'aider d'un capteur de cadence pour me caler au mieux à 90 tours de pédales par minute. Le parcours est roulant et la tentation d'emmener trop grand peut être là. 

Niveau ravitaillement : ma montre sonne toutes les 10min pour boire. J'ai également prévu de prendre un gel à chaque demi-tour et changer de bidon isotonique donné par l'organisation, soit tous les 22.5km. Je me suis tenu à ces stratégies pendant tout le parcours vélo. C'était la première fois que je parcourais une telle distance. Je ne savais pas si j'allais tenir...

Le premier tour se passe bien. Je le fais en 1h21 au lieu des 1h30 au 45km que j'avais prévu. Mon cardio ne bouge pas, je continue donc avec ce rythme dicté par mon coeur et non par le chrono. Je m'arrête pour enlever le K-Way et les manchettes et j'en profite pour manger du saucisson qui est dans mon sac de ravito personnel qu'une bénévole me donne gentiment. En partant je lui lance un "bon courage", cela la fait rire... Mais mauvaise surprise, je trouve que la boisson isotonique de l'organisation est très peu dosée. Je ne sais pas si elle va compenser l'énergie que je vais dépenser. Je continue donc à prendre mes gels. Autre grain de sel, j'ai très mal au ventre quand je me mets sur les prolongateurs, cela me donne des crampes dans le ventre certainement dues à la natation, peut être que j'ai bu de l'eau du lac?

Le deuxième tour est amorcé alors que le vent se lève. La première moitié du parcours va se faire vent de face, je garde la cadence et boucle ce tour en 1h22. Le vent souffle de plus en plus, mais je n'ai plus mal au ventre, ouf! Il a fallu 90km pour "digérer" cette eau... Plus que deux tours! L'avantage de faire un parcours comme ça c'est que je résonne en tours et non plus en km, et cela permet de voir ma petite famille 2 fois par tour. Le troisième tour je garde le rythme, et le boucle dans les même temps que les précédents. J'ai même pris beaucoup de plaisir à rouler sur ce tour, je ne forçais pas et le rythme était bon, j'étais dans un état d'euphorie... 

 Sur le dernier tour, je me dis que c'est la dernière fois que je passe sur la route. Les jambes fatiguent mais ça va plutôt bien! C'est surtout la première partie face au vent qui est pénible, mais le retour vent de dos est très agréable. Je profite de la dernière traversée dans Hourtin où Ludovic Collet, le speaker de l'UTMB en autre met l'ambiance! La dernière ligne droite, je passe une dernière fois le tapis de chronométrage et je tourne vers l'île aux Enfants! Je boucle les 180km en 5h27 (objectif 6h00) soit 33km/h de moyenne, avec le 68ème temps vélo je gagne des places et je suis content de mon vélo... Je pars en course à pied sans être trop fatigué.

Je fais une transition rapide sans oublier de manger. Je sors du parc et regarde mon chrono qui affiche 6h40! Waouh! Je n'imaginais jamais avoir un tel temps après le vélo. Je me mets à rêver d'un sub 10h, pour cela il va falloir courir le marathon en moins de 3h20...

Le parcours est de nouveau composé de 4 aller/retour de 5.25km soit 10,5km à parcourir 4 fois pour arriver aux 42.195km du marathon. Je n'ai pas mal aux jambes à la sortie du vélo mais je raccourcis volontairement ma foulée pour ne pas trop tirer sur mes muscles et je bloque de nouveau ma Zone 1 sur mon cardio qui correspond à mon allure de footing. Le premier tour se passe bien. Comme je l'avais remarqué la veille il y a des nuages de moucherons sur le parcours, c'est pour cela que j'ai pris mes lunettes de soleil pour courir et j'ai bien fait! Moucherons et lentilles ne font pas bon ménage, je n'ai rien laissé au hasard et j'ai essayé de penser à tout. Je commence à avoir mal aux jambes au second tour, je me ravitaille tous les 2km et marche le temps de boire. Il commence à faire chaud. Les ennuis commencent au troisième tour, j'ai mal aux pieds et chaque pas résone dans mes pieds. Je décide de ne plus courir sur l'enrobé mais sur le chemin en grave compactée. 

On avait le choix du revêtement sur une majorité du parcours course à pied, encore une petite attention des organisateurs qui a de la valeur et qui est importante dans ces moments! J'ai aussi beaucoup de mal à repartir après les ravitaillements, les bénévoles qui nous servent n'hésitent pas à nous booster. Pour ne rien arranger j'ai envie de vomir depuis plusieurs kilomètres. J'essaye de prendre des Tucs, du chocolat, de la banane au ravito, je n'ai plus rien à perdre et il me faut encore des forces pour parcourir 15km... Je rejoins tant bien que mal l'île aux Enfants synonyme de dernier tour. Les 10h se sont envolées, le moral en a pris un coup. Je ne lâche pas pour autant. Je pense à plein de choses, à mes enfants et je me dis que 10km c'est rien. Léo me rejoins et partage quelques foulées avec moi, un moment important qui me fait énormément plaisir. Je réussis à reprendre un peu de vitesse, et étant dans le dernier tour je veux en profiter! 

L'ambiance est bonne et il y a un peu de monde sur le parcours, bénévoles, familles, riverains, curieux, tous nous encouragent, merci!


Le son du micro est de plus en plus fort, je m'approche de l'arrivée, je l'ai fait! Un dernier tour de l'île aux Enfants et j'ai le droit de tourner à droite pour prendre les derniers 100m avec Elo et Léo mais aussi Zoé et Elise. Je l'ai fait pour eux, pour les anges de l'association Hespéranges, pour tous les paranges...


Je franchis la ligne en 10h16, ému et usé. Je n'ai plus de force et j'ai du mal à manger... Je me classe au final 33ème sur près de 280 partants.


La cap étant ma spécialité, j'étais déçu de mon temps sur le marathon, avec un RP à 2h47 sur la distance j'espérais au moins être sous les 3h30. Mais aujourd'hui je suis satisfait, mon premier objectif c'était déjà de finir. J'ai pris beaucoup de plaisir sur ce triathlon et ça a même été une révélation. Je reviendrais faire un Iron c'est une certitude avec encore plein de petits détails à régler et une préparation plus complète...


Famille, amis, collègues, partenaires... merci à tous pour votre soutien et vos messages de sympathie. A bientôt pour de nouveaux défis!


Un merci particulier à ma compagne qui a supporté mes longues heures d'absences et qui m'a aidé dans les moments difficiles.

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Commentaires : 1
  • #1

    Tony proquin (mardi, 30 juin 2015 23:06)

    Avec du retard, félicitations et même plus respect.